23/07/2026
L'IA fait bondir les exportations mexicaines vers les États-Unis et complique la croisade commerciale de Trump
Par Agence de presse AFP
(AFP) - L'essor de l'intelligence artificielle aux États-Unis a fait bondir les exportations mexicaines de technologies de pointe, au moment même où Washington cherche à réduire sa dépendance commerciale vis-à-vis de ses partenaires au sein du traité de libre-échange nord-américain, l'ACEUM.
Donald Trump exige de réformer cet accord afin de réduire le déficit commercial des États-Unis envers ses partenaires, le Canada et le Mexique.
Mais la fulgurante hausse des exportations mexicaines d'équipements informatiques produit l'effet inverse et, en accroissant leur excédent, ajoute de la tension au nouveau cycle de négociations de l'ACEUM qui s'est ouvert mardi à Mexico.
Entre janvier et avril, le Mexique a triplé ses ventes d'équipements informatiques aux États-Unis par rapport à la même période de 2025.
Elles ont dépassé 50 milliards de dollars, contre environ 2,23 milliards d'importations, selon des calculs de l'AFP fondés sur des chiffres officiels.
Ce secteur représente déjà plus de 30% des exportations mexicaines vers son principal partenaire commercial, détrônant l'industrie automobile aujourd'hui pénalisée par les surtaxes douanières imposées par le président Trump.
"C'est une étape clé due en grande partie à la demande de l'industrie électronique avancée en IA", explique à l'AFP Diego Flores, responsable des industries électroniques et numériques au sein du ministère mexicain de l'Économie.
Ce secteur, qui inclut technologie et matériel pour des centres de données, ne figure pas à l'ordre du jour de ce cycle de négociations.
Explosion de la demande
Les produits les plus demandés sont les racks qui accueillent les cartes électroniques pour l'IA, un composant clé pour les centres de données qui se multiplient dans des États américains comme l'Arizona et le Texas.
Le principal exportateur est situé dans l'État de Jalisco, la "Silicon Valley mexicaine", qui abrite des géants mondiaux du secteur ainsi qu'un écosystème de start-up, souligne M. Flores.
L'entreprise taïwanaise Foxconn, qui y assemble des racks, est un partenaire stratégique du géant américain des puces électroniques Nvidia.
En mars, Foxconn avait annoncé des investissements de 137 millions de dollars dans deux filiales mexicaines, après avoir estimé que sa production pourrait doubler cette année.
"Les États-Unis et le Mexique continueront d'être nos principaux centres de production", avait déclaré son directeur général, Michael Chiang, annonçant des investissements de 30% supérieurs par rapport à 2025.
Face à l'explosion de la demande, Flextronics, une autre entreprise du secteur dans le Jalisco, a dû reconvertir ses parkings pour agrandir sa capacité de production, souligne Diego Flores.
Mais cet essor intervient dans un contexte politique incertain.Washington a annoncé début juillet qu'il ne renouvellerait pas l'accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, préférant des révisions annuelles afin de "répondre aux limites de l'accord et à [son] déficit commercial avec ces deux pays".
Et insiste pour que davantage de produits soient fabriqués aux États-Unis, alors même que la dépendance aux importations en provenance du Mexique, de Taïwan et de la Chine ne cesse de croître pour soutenir le développement de l'IA.
"En ligne de mire"
Cet essor pourrait-il faire de l'industrie électronique une nouvelle cible tarifaire de Trump ? "Personne ne peut l'affirmer", estime M. Flores.
Il espère cependant que ce secteur échappera aux politiques protectionnistes en raison de sa grande valeur stratégique pour les États-Unis.
Washington cherche également à restreindre l'utilisation de technologies asiatiques en Amérique du Nord, avertit William Jackson, économiste chez Capital Economics.
"Le gouvernement Trump doit mettre en balance la demande pour ces technologies et la nécessité de rester à la pointe du développement de l'IA", dit-il auprès de l'AFP, estimant que "les surtaxes douanières pourraient être préjudiciables à cet objectif".
Mais l'équilibre entre la préservation d'une industrie florissante et le maintien d'un discours protectionniste place le secteur "très facilement en ligne de mire", prévient-il.
D'autant plus que l'industrie mexicaine utilise, dans sa production, des composants en provenance de Chine et de Taïwan, et que Trump pourrait la percevoir comme un cheval de Troie, ou une porte dérobée par laquelle ces technologies pénètrent aux États-Unis.

