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23/03/2026

Sport : le statut de nouvel eldorado du Golfe mis à mal par la guerre

Par Agence de presse AFP

(AFP) - Près de 80.000 supporters devaient assister à Doha au face-à-face entre l'Argentine de Lionel Messi et l'Espagne de Lamine Yamal, et des centaines de milliers d'autres aux GP de Formule 1 à Bahreïn et en Arabie saoudite. Mais la guerre en a décidé autrement.

   Dans le sillage du Qatar, précurseur et hôte du dernier Mondial de football en 2022, les pays du Golfe ont investi massivement pour accueillir de plus en plus de grandes manifestations sportives.
   Ce développement a été conçu comme un moyen de diversifier des économies très dépendantes des hydrocarbures, mais aussi comme une forme de diplomatie par le sport -ou de "blanchissement par le sport" selon ses contempteurs. 
Depuis l'éclatement du conflit le 28 février, la séquence des annulations et reports d'épreuves mondiales a ainsi écorné cette image de nouvel eldorado.

   Pour le sport, comme pour les affaires, "les pays du Golfe (...) se sont présentés comme un îlot de stabilité. Cela constituait le coeur de leur stratégie", souligne James Dorsey, chercheur à l'Institut S. Rajaratnam d'études internationales à Singapour.
   Mais la guerre a causé "un préjudice important à leur réputation, qui prendra du temps à être réparé", dit-il.
   
"Importants préparatifs"   
   Compte tenu des conditions climatiques, la saison sportive culmine en février-mars puis à l'automne, de telle sorte que le Tour cycliste des Emirats ou encore les tournois de tennis de Dubai et Abou Dhabi ont pu se tenir, in extremis.
   Mais, après les attaques iraniennes visant les pays du Golfe en riposte aux frappes américano-israéliennes contre la République islamique, des dizaines d'autres ont dû être reportés, ou pire annulés, de la "Finalissima" entre l'Argentine et l'Espagne en foot aux deux GP de F1, en passant par les manches qataries de MotoGP et du championnat du monde d'endurance automobile (WEC).
   "D'importants préparatifs avaient été engagés (...) alors qu'il ne restait que quelques jours ou semaines avant le début des compétitions. Tout cela a été perdu", dit à l'AFP Jaber Al-Harmi, rédacteur en chef du quotidien qatari Al-Sharq.

   L'équipe de basket de Dubaï, qui vient à peine de rejoindre l'Euroligue, la principale compétition européenne de clubs, a été contrainte de délocaliser ses matches à domicile à Sarajevo.
   Et, même en tennis, si les tournois ont eu lieu, des joueurs comme les Russes Andrey Rublev et Daniil Medvedev -ce dernier a été sacré sans jouer en finale à Dubai fin février après le forfait de son adversaire- ont été bloqués plusieurs jours aux Emirats.
   "J'attendais le match d'une vie entre Messi et Yamal", se désole Rabih, 45 ans, un habitant de Doha fan du FC Barcelone, où évolue le second nommé.
   Mais, au-delà de cette déception des fans, il s'agit surtout d'une affaire de gros sous.
   Des milliards de dollars ont été investis pour obtenir le droit d'organiser tous ces grands évènements, avec notamment la construction de stades ultramodernes, ce qui fut le cas pour le Qatar pour le Mondial-2022 et doit l'être pour l'Arabie saoudite en 2034.
   
"Confiance des sponsors"  
   Le risque pour l'avenir est de porter atteinte à "la confiance des sponsors", note Jaber Al-Harmi, qui reste toutefois persuadé que la stratégie sportive des pays du Golfe "ne sera pas remise en cause".
   Pour Danyel Reiche, chercheur à l'Université des Emirats, celle-ci "repose sur trois piliers: le sponsoring (...), la propriété de clubs comme Newcastle (Arabie saoudite), Manchester City (Emirats) ou le Paris SG (Qatar), et l'accueil d'événements". "Seul ce dernier a été affecté par la guerre", relève-t-il.
   Selon lui, une fois le calme revenu, les grandes fédérations "n'hésiteront pas à revenir dans le Golfe, qui a démontré (...) sa fiabilité et sa rentabilité."

  A ce jour, un championnat de foot comme celui d'Arabie saoudite, où évoluent les stars Cristiano Ronaldo et Karim Benzema, se poursuit, avec du public. Même au Qatar, le championnat a repris, malgré des interruptions ponctuelles liées aux alertes.
   Pour la suite, les grands évènements de l'automne, comme le GP de F1 d'Abou Dhabi, sont encore loin. Puis viendront, si tout va bien, d'autres grandes compétitions, comme le Mondial-2027 de basket au Qatar.
   A plus long terme, Doha envisage même de briguer l'organisation des JO-2036.
   Si le conflit actuel "débouche sur un changement de régime en Iran", ses chances "pourraient être élevées", juge James Dorsey. Mais "s'il se conclut par le maintien d'un régime dur, ou par un basculement dans le chaos, l'organisation d'un événement de cette ampleur dans la région deviendra extrêmement difficile", poursuit-il.

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