05/03/2026
L'UE, la région qui jusqu'ici protégeait le moins son industrie
Par Agence de presse AFP
(AFP) - L'Union européenne était jusqu'ici la seule des grandes économies à n'édicter quasiment aucune mesure de préférence de sa production locale, avec seulement six mesures sectorielles contre plusieurs centaines aux Etats-Unis ou en Inde, indique une étude du think tank européen Strategic Perspectives sur 2025.
Ses partenaires commerciaux appliquent déjà une batterie de dispositifs pour privilégier leurs industries notamment face à la concurrence chinoise, avec en tête les Etats-Unis, qui ont mis en place 983 mesures, sectorielles ou multi-sectorielles.
Viennent ensuite l'Inde, avec 315 mesures, le Brésil (131) et la Russie (112), selon cette étude basée sur les données de Global Trade Alert, organisme indépendant qui recense les politiques commerciales de plus de 60 pays, dont les subventions et les conditions d'accès aux marchés publics.
La Chine, plus modérément protectionniste, a également mis en oeuvre des politiques de protection de sa production mais difficiles à identifier, comme la fixation discrète d'objectifs "acheter chinois" pour ses entreprises publiques, qui représentent 25% de son PIB, explique Neil Makaroff, directeur de Strategic Perspectives. Avec quelques dizaines de mesures, le Canada et le Royaume-Uni font également partie des pays au protectionnisme modéré.
L'UE, qui a annoncé ce mercredi une règlementation protégeant le "made in Europe", figurait en queue de peloton avec seulement six mesures de protection de son industrie locale, dans la défense et, depuis le Covid, dans les vaccins.
Ce recensement ne porte pas sur les mesures commerciales protectionnistes classiques type taxes douanières, comme celles mises en place par l'administration Trump ou la taxe européenne sur les voitures chinoises importées dans l'UE, qui va jusqu'à 35% du prix du véhicule.
S'y ajoutent cependant des mesures adoptées par plusieurs Etats européens, qui, sous d'autres prétextes, constituent des formes de "protectionnisme plus déguisé, sans préférence locale explicite", souligne Neil Makaroff.
A l'image de l'écoscore français qui, sous prétexte de mesurer la quantité de CO2 dans un produit, exclut de fait les véhicules chinois importés des primes à l'achat (car le CO2 présent est trop élevé), ou encore des mesures décidées par l'Italie, l'Espagne et quelques pays d'Europe centrale ou orientale pour protéger certains secteurs industriels, relève le directeur du think tank.
L'Indonésie offre ainsi une réduction de TVA sur les véhicules électriques comportant au moins 40% de contenu local, et l'Inde a annoncé une réduction des droits de douane sur les véhicules électriques conditionnée à des investissements dans l'industrie sur place. De même, les États-Unis protègent leur production d'hydrogène et certains matériaux stratégiques.

