02/04/2026
Recul attendu des ventes autos aux Etats-Unis, encore épargnées par la guerre au Moyen-Orient
Par Agence de presse AFP
(AFP) - Les ventes de véhicules neufs devraient afficher un recul au premier trimestre aux Etats-Unis, selon plusieurs estimations, même si les conséquences de la guerre au Moyen-Orient ne se font pas sentir, pour l'instant, sur le marché.
"Le conflit actuel au Moyen-Orient ajoute une extraordinaire quantité d'incertitudes au marché de l'automobile", a relevé Charlie Chesbrough, économiste de Cox Automotive, en amont de la publication des chiffres des constructeurs, cette semaine.
L'offensive israélo-américaine, lancée le 28 février, a fait flamber les cours des hydrocarbures de plus de 50%. Le gallon (3,78 litres) d'essence sans plomb a franchi mardi les 4 dollars en moyenne aux Etats-Unis, un record depuis 2022.
La voiture étant indispensable dans une grande partie du pays, les automobilistes sont très attentifs aux prix à la pompe. D'autant que leur pouvoir d'achat est rogné par l'inflation post-Covid, les rendant très circonspects dans leurs dépenses.
Les spécialistes s'accordent à dire que l'ampleur et les stigmates des conséquences dépendront de la durée du conflit, surtout s'il incite la banque centrale américaine à maintenir ses taux ou, pire, à les relever ce qui affecterait le coût des crédits.
Sollicités par l'AFP, plusieurs constructeurs indiquaient fin mars qu'il était trop tôt pour voir un éventuel effet du conflit sur leurs ventes.
"A coup sûr, nous surveillons la situation. A ce stade, cependant il est trop tôt pour déterminer comment l'industrie sera affectée", a relevé Toyota, numéro deux aux Etats-Unis.
Selon Cox Automotive, les ventes du groupe japonais devraient reculer de seulement 0,1% à 569.917 véhicules au premier trimestre.
Les ventes au premier trimestre 2025, en particulier mars, avaient profité d'un afflux de clients désireux d'acheter avant les droits de douane instaurés par le président Donald Trump.
Les constructeurs historiques américains devraient en être les plus pénalisés : -9,6% à 624.404 véhicules pour General Motors, et -9,3% à 452.035 pour Ford.
Cahots et incertitudes
Au total, le cabinet Edmunds anticipe la vente de 3.693.459 nouvelles voitures et pick-up sur les trois premiers mois de l'année (-6,3% sur un an).
"Le premier trimestre a traversé un parcours semé d'embuches", ont relevé ses experts, citant "la météo très mauvaise, l'incertitude géopolitique, la hausse du prix des carburants et les difficultés persistantes sur le coût de la vie".
"Pour l'instant, nous ne constatons pas d'impact matériel du conflit", ont souligné les analystes de Deutsche Bank, conservant leur prévision annuelle à 15,8 millions véhicules (-2,5%).
Le spécialiste des véhicules électriques Tesla a effectué son propre consensus d'analystes : 365.645 véhicules livrés au premier trimestre dans le monde - il ne publie pas de données géographiques -, soit +8,6% sur un an mais -12,57% comparé au quatrième trimestre 2025.
Le groupe d'Austin (Texas) souffre notamment de la suppression par le climato-sceptique Donald Trump de mesures favorables à la transition électrique des véhicules, surtout l'arrêt d'un crédit d'impôt de 7.500 dollars à l'automne.
Mais si la guerre perdure et fait augmenter davantage les hydrocarbures, Tesla et ses concurrents dans les véhicules électrifiés (hybrides et tout électriques) pourraient bien savourer un retour d'affection.
D'après Edmunds, les recherches pour cette motorisation ont représenté 23,8% du total sur son site entre les 16 et 22 mars, contre 20,7% fin février.
"Un prix du carburant élevé peut stimuler l'intérêt pour les véhicules électrifiés, mais il faut que ce soit durable ou plus prononcé pour entraîner un virage", a commenté Jessica Caldwell, responsable d'Edmunds Insight, estimant que les consommateurs paraissent considérer le "pic comme temporaire".
S'il se prolonge, les ventes pourraient refléter les précédentes crises pétrolières : -44,7% en 1973-1974, -40,9% en 1979-1980 avec la Révolution iranienne, -45,5% après la crise financière de 2008 ou encore -12,7% en 2022 après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, d'après Anderson Economic Group (AEG).
Mais, relativise son patron Patrick Anderson, les véhicules sont aujourd'hui moins gourmands en carburant, le télétravail s'est diffusé et les Etats-Unis sont "auto-suffisants en énergie".

