Constructeurs - 03/08/2020

Luca de Meo : "Nous avons pris plus de décisions en 4 semaines qu’en 2 ans"

Le nouveau DG de Renault est un homme du produit, il sait ce qu’il a à faire et un mois après son arrivée des décisions ont déjà été prises. Luca de Meo a donné quelques indices sur le plan qu’il présentera en janvier.

Luca de Meo : "Nous avons pris plus de décisions en 4 semaines qu’en 2 ans"

Auteur : Florence Lagarde
Directrice de la rédaction et Directrice de la publication

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Le nouveau patron de Renault tranche avec ses prédécesseurs. Enthousiaste, fin connaisseur du produit automobile, il a aussi la parole libre et imagée. 
Lors de la présentation des résultats financiers (catastrophiques) du premier semestre 2020, il a donné dans la métaphore sportive, plutôt foot que course automobile.

Il y a eu la référence au maillot ("On est les jaunes"), la référence aux buts ("to catch the ball and strike"), la référence au Mercato ("une équipe de superstars"), au style de jeu ("Ce que je n'ai pas aimé, c'est comment nous jouons le jeu"). 
Il y a aussi eu la référence aux placements des joueurs : "Nous prévoyons une réorganisation fondamentale de l'équipe sur le terrain de jeu. Cela mettra les joueurs dans une position où ils seront plus responsables, plus maigres, plus rapides et plus orientés vers le marché et le score."

Dans la synthèse qu’il a livré la semaine dernière aux salariés dans une vidéo postée sur le réseau interne il souligne qu’on lui a rapporté qu’il y avait "trop de silo, trop de strates, pas assez de rapidité dans les décisions".

Il est aussi à l’aise sur tous les sujets, il ne parle pas des entreprises dans lesquelles il a travaillé mais n’évince pas la comparaison avec PSA. 
Ainsi, les résultats financiers de Renault sont mauvais alors que ceux de PSA sont excellents ? Il salue la performance : "PSA est en train de faire un travail extraordinaire et nous sommes admiratifs comme tout le monde. Être challenger ça nous plait bien."
La rivalité entre les deux constructeurs français n’est pas nouvelle et elle est saine. Pas question pour autant de ne pas être fier de son équipe ("On joue les jaunes").

Comme tout bon entraineur de foot, il va démarrer la saison avec l’arrivée de quelques vedettes. On a vu dernièrement le recrutement de deux designers Alejandro Mesonero-Romanos (ex-Seat) et Gilles Vidal (ex-Peugeot). Gageons qu’il pourrait y avoir d’autres prises de choix dans les semaines qui viennent.

Ce n’est pas un hasard si ses premières décisions visent à renforcer les équipes design. Le dirigeant sait que la clé du succès ce sera la capacité des marques à susciter l’adhésion des clients pour reconstruire la valeur. "Nous sommes d’accord avec Laurens [van den Aker, le patron du design du groupe, NDLR], qui a fait un excellent travail, que nous devons renforcer l'équipe du design pour créer une équipe de superstars. Les gens achètent des voitures aussi pour le design. Aujourd'hui, c'est la principale raison d'achat nous devons être très fort là-dessus. Je viens de la culture de marque. J'ai vu que quand vous commencer réellement à travailler sur le potentiel des marques que vous avez dans votre portefeuille cela fonctionne. C'est la direction dans laquelle nous devons aller. Je suis un homme de produit. Je pense que la première chose à laquelle je dois m'attaquer c'est le portefeuille produits", a expliqué Luca de Meo. Il a déjà, a-t-il dit, "profondément retravaillé le plan produit pour investir dans des segments plus rentables et en croissance".

Alors que l’automobile est une industrie où les décisions prennent du temps à se concrétiser, le temps presse. 
"Nous allons très vite. Sur les quatre dernières semaines, je pense que nous avons pris plus de décisions sur le produit que pendant les deux dernières années." C’est en 2023 que l’on devrait voir les premiers modèles de la nouvelle équipe.

Le match, le dirigeant va le jouer avec les qualités de son équipe et il y en a trouvé beaucoup : "Ce que j'ai vraiment aimé, c'est la créativité que cette organisation a encore. C'est parfait en ces temps où la discontinuité des activités défie les organisations établies." 
"Il y a beaucoup de gens excellents chez Renault. Nous devons seulement les mettre dans la bonne position sur le terrain, avec des responsabilités, des objectifs clairs, et j'ai senti ces 4 dernières semaines que les gens veulent vraiment prendre le ballon et tirer. Cela me rend optimiste dans une telle situation compliquée. J'ai vu des situations comme cela dans ma carrière et on peut sortir relativement rapidement si on prend les bonnes décisions", a-t-il dit dans une déclaration aux analystes.

Luca de Meo a annoncé que le plan stratégique sera présenté au plus tard en janvier 2021. Ce plan est construit avec "une quarantaine d'experts de toutes les fonctions, de toutes les régions, de tous les niveaux du groupe". "Cette escouade, physiquement située au dernier étage de notre QG, travaille de manière totalement non conventionnelle sur le briefing que nous leur avons donné", a précisé Luca de Meo dans sa présentation aux analystes.

Sans en dévoiler le détail il a cité deux orientations fortes : une revue de détail des investissements sur les marchés à l’international en fonction des capacités de retour et une montée du centre de gravité de la gamme Renault.
Sur le produit : Renault doit revenir sur le cœur du marché européen qui est le segment C et sur lequel le constructeur "a perdu la vague sur le dernier cycle". "Kadjar et Koleos ne font pas les volumes. C’est cela que l’on est en train d’ajuster." Le nouveau DG a rappelé le savoir faire de Renault sur ce segment avec notamment le lancement de la famille Mégane à l’époque où il a quitté l’entreprise. 

Dans les projets futurs qui lui ont été présentés il a vu trop de centrage sur les petites voitures ce qui est "dangereux pour la rentabilité". "Nous avons des atouts très forts comme les petites voitures, il faut défendre cette position. Mais le centre de gravité de la gamme doit être plus haut."
Ce qui tombe bien c’est qu’en 2022 Renault sortira un véhicule électrique de segment C conçu sur la nouvelle plateforme EV commune avec Nissan ("cette plateforme n'a rien à envier à celle que j'ai vue dans ma vie précédente, techniquement et en termes de coût")

Sur l’implantation géographique, Luca de Meo annonce une inflexion notable de la doctrine. Alors que depuis longtemps l’internationalisation est un objectif prioritaire dans le groupe Renault, le nouveau patron annonce que le constructeur "doit se reconcentrer sur l’Europe". En cause la volatilité des marchés internationaux alors que c’est en Europe que le groupe gagne de l’argent. Si l’on compare avec PSA, force est de reconnaître que loin d’être un inconvénient le centrage européen de PSA a plutôt favorisé sa rentabilité ces dernières années.

Les marchés internationaux sur lesquels le groupe va investir sont ceux qui seront solides dans les 2/3 prochaines années. "Quand le critère devient le profit on regarde le monde d’une manière différente. Il faut donner la priorité aux marchés qui sont capables de générer de la marge. L’argent que l’on a, il faut le mettre dans les bons endroits. Plutôt que d’aller chercher les dernières 10 voitures, il faut chercher la qualité de notre business. Mon job est de rattraper la performance économique de Renault. Je suis convaincu que c’est la bonne façon de le faire", a dit de Meo.
En situation délicate, il y a l’Amérique Latine où les opérations étaient déjà compliquées à gérer avant la pandémie. "Nos ressources sont limitées, il faut faire de vrais choix d’allocation du capital en fonction des espoirs de retour."

A l’issue de ces quatre premières semaines, Luca de Meo a donc déjà posé le diagnostic de ce qui a mal tourné, de ce qui ne va pas et il sait ce qu’il a à faire.
"Je peux vous assurer que le plan ne sera pas simplement une liste de souhaits, mais plutôt la somme d’actions que nous aurons déjà décidées et organisées d’ici là. Il se passera beaucoup de choses dans la maison au cours des 6 prochains mois", a-t-il dit aux analystes.

"La bonne nouvelle est que Renault est toujours une grande entreprise, avec beaucoup de substance, de projets et de compétences."
"J’ai beaucoup de bonnes cartes dans mes mains, il faut les mettre sur les bons numéros. Mon job c’est de faire sortir cette valeur qui existe déjà", a dit Luca de Meo qui souligne que "Renault est beaucoup sous-estimé à l’extérieur".

Dans ses bonnes cartes, il y a dans l’immédiat la technologie E-Tech qui permet une hybridation rechargeable ou pas (avec une taille de batterie plus ou moins importante). Luca de Meo n’a pas tari d’éloge sur cette technologie ("a piece of art", "une perle") qu’il aurait bien aimé avoir dans sa vie d'avant… 
"Je suis impressionné par ce qu’est E-Tech en termes de technologie, de prix et de bénéfice pour le consommateur. C’est le meilleur hybride en Europe", a-t-il dit. 
Aux salariés, il a passé ce message : "Ce que j’attends de vous : du courage, de la détermination et de la générosité parce que l’automobile c’est un sport d’équipe."

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Pourquoi Rino fait des garanties de 2 ans et Nissan 3,y’a plus personne depuis deux ans,fastoche rdv en Décembre

Alain Boise, Le 03/08/2020 à 00:21

Chez Renault, depuis 1 an (en gros) on attendait « Godot » … Il est arrivé …
Il était patent que l’attentisme régnait même si des chantiers ont été initiés par le tandem Sénard/Delbos) sur ce qui touche au contrôle de la performance (pricing power, rationalisation de coûts) et qu’il a fallu gérer les turbulences (le mot est faible) avec Nissan suite à l’affaire Ghosn …
Donc, encore heureux que plus de « décisions aient été prises en 4 semaines qu’au cours des 2 ans écoulés » … Beaucoup d’arbitrages devaient attendre l’arrivée de « l’homme providentiel », notamment des définitions de produits à venir … Celui-ci a d’ailleurs bénéficié d’une période de « quarantaine » inhabituelle pour mettre au clair quelques idées, quelques questionnement, quelques décisions à prendre … De quoi anticiper tranquillement les fameux « 100 jours » !
Sinon pourquoi allez chercher un tel profil « au prix que çà coûte » … Donc jusque là rien d’exceptionnel, plutôt de la normalité …
Après les formulations des remédiations du Docteur De Meo semblent bonnes ( et c’est heureux !)
Re concentration sur le marché européen, rupture avec la cours au volume pour le volume, travail sur les prix et le direct costing, réorganisation/simplification des structures, ré appropriation du segment C, évaluation des point forts et points faibles et coup de chapeau aux compétences … Tout cela semble aller dans le bon sens et nous devrions pouvoir en mesurer les effets dans les mois qui viennent et voir la traduction de tout cela sur les produits à paraître à compter de 2023 …
Bien sûr, le nouveau dirigeant insiste sur l’atout concurrentiel que revêt la « gamme » E-tech (aujourd’hui Clio, Captur, Megane Estate) … Bénéficier de ces produits hybrides rechargeables (ou pas) devrait être un support important de la « reconquête » … Sans exclusive, (ils ne sont pas les seuls) la qualité des produits Renault et notamment des motorisations n’a pas été excellente dans les années qui viennent de s’écouler …
Alain Boise met le doigt là où çà fait mal dans son commentaire, plus haut …
Même si la pente semble bonne en juin juillet … Peut-être Renault devrait il élever la durée de ses garantie (3, 5 voire 7 ans ?) afin de rassurer les consommateurs séduits par ces « nouveaux » produits ? … J’imagine qu’ « on » doit en connaître le coût potentiel en interne de cette possible décision …
Pour le reste, « Forza Renault » ou en avant les « Jaunes », c’est selon !

Ade Airix, Le 03/08/2020 à 10:50

ce que je vais écrire ne concerne pas seulement Renault, mais je suis toujours surpris qu'il faille forcément une personne de l'extérieur pour changer une situation alors que visiblement tout le monde sait ce qu'il faut faire. Il y a là visiblement un manque de potentiel de remplacement et/ou des successions qui ne sont pas organisée. C'est le devoir de tout dirigeant de le prévoir et c'est ce qu'on reprochait à CG me dirait vous, mais c'était il y a bientôt 2 ans.
;0)

Lucos , Le 03/08/2020 à 10:54

Je me répète, ce LDM va faire des étincelles chez Renault, et oui la rivalité entre les deux constructeurs est saine.
Forza Luca !

Bruno Haas, Le 03/08/2020 à 10:56

Je m'inquiète pour le "trop de fers au feu" de monsieur Carlos Tavares !! Cela donne le vertige.
Dans l’histoire de l'automobile récente, aucun constructeur à réussi une "fusion" pareil.
Moi personnellement je ne sais qui dirige qui et qui fait quoi à ce stade aujourd'hui.
Nous ne pouvons rien pour lui à ce stade et au vu de la crise actuelle du commerce et de l'industrie mondiale, sauf chacun à acheter ses voitures pour le soutenir !
Est-ce qu'il vend des tea-shirts et des stylos pour commencer ?

Durand Pierre, Le 03/08/2020 à 15:17

Euh... On parle de Renault ici ?
;0)

Lucos , Le 03/08/2020 à 16:08

Ah bon...je n'avait rien remarqué. C'est gentil de votre part de me l'avoir fait la remarque !
Peut-être que monsieur Carlos Tavares va me lire et va me me rassurer !
Qu'est-ce que vous en pensez ? Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de chef d’État à qui j'ai écrit et qui m'ont répondu par leur secrétaire. Je ne peux pas vous garantir que la face de la nation ai été changé...mais enfin... Tout le monde ne peut pas s’appeler monsieur Lucos, que l'on sait une haute personnalité dans le monde automobile !

Durand Pierre, Le 03/08/2020 à 19:33

Euh... C'est bien ce que je vous disais, Tavares c'est pas Renault c'est PSA..
;0l

Lucos , Le 03/08/2020 à 23:16

Di Meo veut se concentrer sur l'Europe.. Lol...
Patron de Seat c'est bien.. Mais DG de Renault, c'est autre affaire. On en reparle dans 6 mois....

Joe Bar Team, Le 04/08/2020 à 22:10

L’Europe.....un paradis pour l’automobile)))))(())))

Alain Boise, Le 04/08/2020 à 22:21

Luca est il classé au Tennis et golf)))

Alain Boise, Le 04/08/2020 à 22:24

Sans parler de ses comparaisons avec le foot... Chez Renault ils n'ont pas de stars qui rapportent des millions... Donc....

Joe Bar Team, Le 04/08/2020 à 22:31

C'est peut-être aussi parce qu'il y a 2 ans, la situation n'était pas la même qu'il y a 4 semaines ?

Frédéric Langlois, Le 06/08/2020 à 11:04

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